Le chef de Projet Montréal et aspirant maire, Richard Bergeron, a dévoilé ce matin un ambitieux plan de redéveloppement immobilier dans le Sud-Ouest: le Quartier Bonaventure.

Situé en bordure du Bassin Peel, ce futur secteur résidentiel permettrait d’accueillir 7 000 ménages en ressuscitant le Goose Village (Village-aux-Oies), rasé de la trame montréalaise dans les années ’60 avec la construction de l’autoroute Bonaventure. Ironiquement, la proposition ci-présente suggère avant tout le démantèlement de cette autoroute (qui pourrait avoir complétement disparu du portrait à l’été 2016) pour reconstruire un quartier avec des boulevards urbains.

.

Google Map

.

Le but premier du projet: retenir les familles dans la métropole. Des familles qui ont tendance à migrer vers la banlieue ces dernières années ne dénichant pas sur l’île des propositions abordables et adaptées à leur mode de vie. Projet Montréal propose donc la construction de plex en rangée sur trois étages, similaires à ceux que l’on retrouve dans les quartiers populaires du Plateau Mont-Royal ou du Vieux-Rosemont. Ces plex constitueraient le cœur du futur quartier, ceinturé par des bâtiments de 8 étages et de 3 tours à condos près du Bassin Peel.

Important de mentionner que la politique d’inclusion de la Ville de Montréal serait réévaluée à la hausse, exigeant que 20% de logements sociaux et 20% de logements abordables soient bâtis sur le site.

Quant aux services de proximité, le concept prévoit l’aménagement d’espaces commerciaux au rez-de-chaussée des immeubles d’habitation longeant les grands boulevards urbains. Une école pourrait également y voir le jour.

La facture? 300M$ en fonds publics pour l’aménagement du site et l’apparition d’un tramway reliant ce quartier Bonaventure au cœur de la ville, ainsi que 2,5G$ en investissements privés pour la majeure partie du développement immobilier.

Projet Montréal estime que leur idée pourrait aider à renflouer les coffres municipaux d’environ 19M$ annuellement en revenus fonciers.

Les questions maintenant

– La plupart des terrains du défunt Goose Village appartiennent actuellement à la Société immobilière du Canada (SIC) qui, selon Projet Montréal, a démontré un « intérêt » face à la proposition. Par contre, aucune lettre d’appui de la SIC pour le moment. Rien de concret, donc. De plus, la personne rencontrée, Cameron Charlebois, ne travaille plus à la SIC. Les autres membres de la Société manifestent-ils autant d’intérêt pour le concept?

– La transformation de l’autoroute Bonaventure en boulevards urbains et l’apparition d’un tramway dans le secteur assureront-ils une circulation fluide, autant pour les automobilistes que pour les cyclistes et piétons? En d’autres mots, la disparition de Bonaventure pourra-t-elle être réellement absorbée avec ces nouvelles idées? Aucune simulation de circulation n’a été effectuée jusqu’à maintenant.

– Parlant de circulation, quel type de qualité de vie sera-t-on en mesure d’offrir aux résidants qui logeront dans les futurs édifices construits en bordure des boulevards urbains ? Considérant l’importante quantité de voitures qui transiteront par le quartier, il faudrait réfléchir davantage à la pollution sonore et la réduction de la qualité de l’air dans le secteur. Peut-être un boulevard urbain souterrain à l’ouest du site ?

Somme toute, une belle initiative qui mérite d’être réfléchie, mais surtout raffinée.

Capture d’écran 2013-06-11 à 14.18.45.

.

La revitalisation du quartier Downtown Eastside à Vancouver entraîne de vives discussions depuis quelques mois. Plusieurs groupes anti-pauvreté s’opposent à l’embourgeoisement du secteur, alors que de nombreux résidents, eux, sont ravis de l’arrivée de nouveaux commerces pour combattre la ghettoïsation.

Peut-on revitaliser un quartier sans le dénaturer? Mon entrevue à l’émission Phare Ouest sur les ondes de Radio-Canada Vancouver:

.

2602-Broadway-Daly-Genik-Architects-2

.

Inauguré en novembre dernier, le 2602 Broadway est un projet exemplaire de logements abordables développé par un organisme sans but lucratif de Santa Monica en Californie.

Composé de 33 unités offertes significativement sous les prix du marché immobilier, ce complexe résidentiel offre beaucoup plus que de simples logis pour les familles à faible revenu du secteur. Les architectes de Daly Genik proposent avant tout un milieu de vie communautaire où les résidants ont accès à des jardins pour de l’agriculture urbaine, des modules de jeux pour enfants, un espace vert pour socialiser avec le voisinage et même des toitures vertes.

.

Pour consulter le site web des architectes | www.dalygenik.com

Pour plus de détails sur le 2602 Broadway:

.

.

.

« Je n’habiterais pas dans les condos que je dessine moi-même ». C’est ce que me confiait récemment un jeune architecte montréalais lorsque je lui ai demandé ce qu’il pensait des tours d’habitation qui poussent comme des petits champignons à Montréal.

Pourquoi est-il si exaspéré? « Je m’efforce à concevoir des projets immobiliers qui me semblent confortables et fonctionnels et on me dit d’éliminer pratiquement tous les espaces de rangement parce qu’on perd de l’espace! À quel endroit les futurs résidants rangeront-ils une valise ou une balayeuse? ».

Ce cas spécifique représente-t-il l’ensemble des développements immobiliers en cours dans la métropole? Non, mais on ne peut nier que de nombreux promoteurs ne pensent qu’à rentabiliser leurs projets, quitte à sacrifier la qualité de vie des futurs acheteurs. Pourtant, même avec toutes ces imperfections, les condos se vendront vraisemblablement comme de petits pains chauds. Pourquoi ? À cause de la spéculation immobilière. La plupart des développements en cours sont des tours d’habitation haut de gamme qui se vendent sur papier avant même que le projet soit érigé. Le profil de l’acheteur peut légèrement varier d’un projet à l’autre, mais le désir reste généralement le même : engranger des profits en investissant au centre-ville de Montréal. Et pourquoi pas ? Avoir moi-même les ressources financières, je me laisserais probablement prendre au jeu.

En observant l’état du marché immobilier à Toronto et à Vancouver, on saisit rapidement ce qui risque de se produire à court terme dans notre métropole. Avec la multiplication de ces tours à condos, de nombreux investisseurs locaux et étrangers se manifestent subitement et achètent des résidences sur papier. Une fois le projet habité, les unités prennent rapidement de la valeur et sont revendues aux plus offrants ou louées comme des appartements à des prix généralement très élevés. Un agent immobilier torontois me confiait récemment : « La plupart de mes clients n’ont jamais mis les pieds dans leurs unités. Ils collectent l’argent et c’est tout. Je m’occupe de leur trouver des résidants ». En d’autres mots, peu importe la qualité de l’espace intérieur ou de l’architecture du bâtiment, les projets trouvent preneurs.

Montréal pourra difficilement éviter cette situation, mais devrait certainement veiller à ce que l’ensemble de la collectivité puisse en profiter. Par exemple, pourrait-on exiger plus de logements pour les familles dans les quartiers centraux pour favoriser une mixité sociale? Et en ce qui concerne l’architecture de ces nouveaux bâtiments, l’administration municipale devrait-elle être plus exigeante? Tout dépend évidemment des buts recherchés. Si l’on souhaite simplement rentabiliser des vides urbains en générant des taxes foncières, le design devient secondaire. Si l’on désire par contre améliorer le paysage urbain pour notre fierté collective et pour engendrer davantage de tourisme architectural, la créativité devrait primer.

.

Pour poursuivre la réflexion, voici un récent reportage de Radio-Canada sur le sujet: 

La course à la grue à Montréal

.

À VOIR ÉGALEMENT | Voici un exemple ahurissant d’une tour d’habitation mexicaine conçue par la firme KD architects. Son design novateur garantit la présence de lumière naturelle tout au long de la journée pour l’ensemble des unités et assure un panorama incroyable pour les résidants. Sans oublier que chaque propriétaire obtient son propre jardin en hauteur… http://bit.ly/yzo5gZ