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Tel que mentionné dans ma plus récente chronique du Journal Métro, privatiser un lieu de culte s’avère généralement une délicate opération pour éviter de sacrifier son rôle communautaire dans un quartier. Les groupes d’opposition peuvent se former très rapidement (et parfois avec raison) lorsqu’un promoteur suggère de convertir une église en condos, par exemple. Cette dernière deviendra alors inaccessible à l’ensemble de la collectivité, peu importe son importance historique dans l’évolution de sa ville.

Soyons néanmoins réalistes : nos gouvernements n’ont pas les ressources nécessaires, autant financières qu’humaines, pour sauvegarder l’entièreté de notre patrimoine religieux. Les églises désertées se comptent actuellement par centaines à travers la province. C’est pourquoi laisser le privé s’immiscer dans la sauvegarde de ce patrimoine sacré n’est pas nécessairement une mauvaise idée, en autant que le projet soit bien réfléchi et que l’architecte évite de charcuter maladroitement l’espace.

Un exemple inspirant est certainement celui de l’église Saint-Jude située sur la rue Saint-Denis à Montréal, juste au sud de Duluth. Le jeune architecte montréalais Tom Balaban a brillamment converti ce lieu de culte abandonné depuis plusieurs années en spa finlandais, combiné à centre d’entraînement physique. Coût total de l’opération: 6 M$, soit 2,4 M$ pour le terrain et le bâtiment, ainsi que 3,6 M$ pour le chantier.

De l’extérieur, le visage de l’église n’a pas beaucoup changé. Il s’apparente toujours à de nombreux autres lieux de culte dans la métropole. À l’intérieur, par contre, c’est une toute autre histoire : on réalise rapidement qu’on a affaire à une nouvelle signature architecturale de haut calibre.

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Tel que mentionné dans ma plus récente chronique au Journal Métro, de plus en plus de petites stations-service en Amérique du Nord ferment leurs portes, écrasées par le marché ultra-compétitif de la pompe à essence. Les raisons qui expliquent ces disparitions sont multiples : fluctuation du prix du pétrole, marges de profit minimes et l’emprise des « supers stations-service » avec restaurant et lave-auto. Offrir une deuxième vie à ces bâtiments abandonnés reste bien évidemment dans le domaine du possible, si la volonté y est bien sûr… ce qui n’est pas souvent le cas ! Les promoteurs préfèrent souvent les détruire et rentabiliser ces terrains avec d’autres projets plus lucratifs.

Pour faire un parallèle avec cette chronique, je suis tombé par hasard il y a quelques semaines sur un projet très original (et très réussi !) à Toronto. Un vieux garage automobile, qui servait à peinturer des voitures depuis les années 50, a été récemment converti par la firme d’architectes Munge Leung en un restaurant très tendance du Fashion District.

Le concept ? Conserver l’esprit industriel qui a régné à cet endroit pendant plusieurs décennies en y ajoutant une touche moderne sans prétention. Sa structure bétonnée, sa porte de garage rouillée et ses briques tachetées ont donc été conservées et intégrées à cette seconde vie. Les designers ont même pris soin d’ajouter au décor d’anciens éléments du garage automobile tel qu’un coffre à outils maintenant utilisé comme comptoir de réception. Des pintes d’huile à moteur ont également été parsemées un peu partout dans le restaurant.

En tant qu’épicurien, j’y sentais pratiquement encore l’huile à moteur.

gusto101.squarespace.com

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Voici quelques images de ce restaurant en question:

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Alors que les États-Unis tentent toujours de se remettre de la récente crise économique, le commerce au détail a largement souffert ces dernières années en sol américain. Même les géants de ce secteur, comme Walmart, ont été contraints de réduire leurs effectifs et de mettre la clé aux portes des magasins les moins rentables. De nombreux bâtiments de cette chaîne américaine, ayant en moyenne une superficie de plus de 2 terrains de football, ont ainsi été abandonnés, devenant rapidement des cibles de choix pour les vandales.

C’est notamment ce qui est arrivé dans la ville de McAllen au Texas. Les autorités municipales ont cependant pris rapidement la situation en main et ont mandaté la firme d’architectes Meyer, Scherer & Rockcastle pour dénicher une deuxième vie à leur magasin Walmart désaffecté. Résultat? McAllen possède maintenant l’une des plus grandes bibliothèques publiques des États-Unis! Sur un seul plancher, vous y retrouvez plus d’une dizaine de locaux informatiques, 16 salles de réunion, 14 espaces pour étudier ou lire, un auditorium, une galerie d’art, un magasin de livres usagés et un café. Le concept a grandement séduit les maires de diverses villes américaines qui envisagent sérieusement des projets similaires pour ressusciter leurs bâtiments fantômes.

À quoi ressemble cette bibliothèque? La voici…

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À noter que cette bibliothèque vient tout juste de remporter le International Interior Design Association’s 2012 Library Interior Design Competition.

Crédits photo: Meyer, Scherer & Rockcastle