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Tel que mentionné dans ma plus récente chronique au Journal Métro, de plus en plus de petites stations-service en Amérique du Nord ferment leurs portes, écrasées par le marché ultra-compétitif de la pompe à essence. Les raisons qui expliquent ces disparitions sont multiples : fluctuation du prix du pétrole, marges de profit minimes et l’emprise des « supers stations-service » avec restaurant et lave-auto. Offrir une deuxième vie à ces bâtiments abandonnés reste bien évidemment dans le domaine du possible, si la volonté y est bien sûr… ce qui n’est pas souvent le cas ! Les promoteurs préfèrent souvent les détruire et rentabiliser ces terrains avec d’autres projets plus lucratifs.

Pour faire un parallèle avec cette chronique, je suis tombé par hasard il y a quelques semaines sur un projet très original (et très réussi !) à Toronto. Un vieux garage automobile, qui servait à peinturer des voitures depuis les années 50, a été récemment converti par la firme d’architectes Munge Leung en un restaurant très tendance du Fashion District.

Le concept ? Conserver l’esprit industriel qui a régné à cet endroit pendant plusieurs décennies en y ajoutant une touche moderne sans prétention. Sa structure bétonnée, sa porte de garage rouillée et ses briques tachetées ont donc été conservées et intégrées à cette seconde vie. Les designers ont même pris soin d’ajouter au décor d’anciens éléments du garage automobile tel qu’un coffre à outils maintenant utilisé comme comptoir de réception. Des pintes d’huile à moteur ont également été parsemées un peu partout dans le restaurant.

En tant qu’épicurien, j’y sentais pratiquement encore l’huile à moteur.

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Voici quelques images de ce restaurant en question:

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Restaurer un édifice patrimonial constitue généralement une aventure périlleuse. Non seulement les coûts de conversion sont généralement très élevés, mais les architectes doivent également réussir à mettre en valeur la structure imposée par leurs prédécesseurs. C’est le défi qu’a relevé avec brio l’Atelier In Situ en ressuscitant récemment le 407, rue Saint-Pierre, dans le Vieux-Montréal.

Ouvert au grand public depuis le 1er juin, le Centre PHI se présente comme un lieu de convergence artistique favorisant la création et la diffusion d’oeuvres multidisciplinaires. Vous retrouvez sous un même toit une salle de spectacle modulable, un lounge, des espaces d’exposition et de conférence, un studio d’enregistrement musical, une salle de cinéma démontable et même des installations de production et de postproduction cinématographique. Ajoutez à cela un enrobage technologique dernier cri encastré dans la structure – donc pratiquement invisible pour le visiteur – et vous obtenez un portrait largement simplifié du complexe. Pourquoi « largement simplifié »? Parce que restreindre la description de chaque pièce à une seule fonction serait une erreur, car le potentiel du Centre PHI repose spécialement sur son adaptabilité architecturale.

Prenons simplement l’exemple de la salle de spectacle du premier étage pouvant accueillir jusqu’à environ 100 visiteurs. Des musiciens peuvent s’y produire le temps d’une soirée, pour faire place le lendemain à des cinéphiles lors de la projection d’un documentaire sur grand écran. Des panneaux acoustiques ceinturant l’espace peuvent même pivoter sur eux-mêmes dépendant du type de réverbération désirée. De plus, l’immense fenestration en ogive peut laisser pénétrer, si convoité, une lumière naturelle enviable lors de la tenue d’activités en journée. En d’autres mots, l’espace peut se transformer sous nos yeux en à peine quelques minutes, comme c’est le cas pour la plupart des salles ouvertes au public. Sans oublier que ces dernières peuvent également dialoguer ensemble, se « contaminer », ou s’isoler les unes des autres dépendant des besoins du moment.

D’Ogilvy au Centre PHI

Ce qui m’a le plus charmé lors de ma visite du Centre PHI, c’est le souci du détail dans l’ensemble du projet, de la cage d’escalier aux cabinets de toilette. Rien n’a été laissé au hasard par les architectes en insufflant cette autre vie à l’édifice datant de 1860 et qui aura notamment servi au commerce de John Ogilvy (tissus, mercerie et autres produits) et de la Holland Glass Trading Company1. Le contraste architectural est d’ailleurs saisissant : alors que l’enveloppe extérieure nous plonge au beau milieu du 19e siècle, l’architecture intérieure nous expose, quant à elle, une sublime modernité architecturale malheureusement trop rarissime dans une grande métropole comme Montréal. Brique, béton, verre, bois et acier s’amalgament sur les 4 niveaux du complexe offrant une richesse texturale diversifiée, mais bien équilibrée.

Et comme si le défi de revitalisation n’était pas suffisamment ardu, l’ensemble des travaux a été réalisé conformément aux normes environnementales LEED. Autrement dit, le développement durable demeurait au cœur des préoccupations des concepteurs. C’est ce qui explique notamment la présence d’une toiture verte, de systèmes de récupération d’eau pluviale, la maximisation de la lumière naturelle et un contrôle thermique de pointe. Un modèle à suivre ? Chose certaine, peu d’édifices québécois présentent de telles caractéristiques environnementales.

Malgré une demande auprès des propriétaires, je n’ai pas réussi à obtenir le coût total de cette restauration architecturale. La qualité de la réalisation laisse par contre présager un généreux budget et contrairement à la plupart des projets d’envergure en province, l’argent ne semble pas avoir été une quelconque limite à l’épanouissement des concepteurs.

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À LIRE ÉGALEMENT | Le passé doit nous hanter

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1Références : http://bit.ly/S10eA8
Crédits photo: George Fok & Vincent Toi

L’industrialisation nord-américaine du 19e siècle a carrément fait basculer certaines villes à dominance agricole et artisanale vers des sociétés fortement concentrées sur des économies capitalistes à tangente commerciale et industrielle.

Ces transformations urbaines ont été accompagnées  d’un boom immobilier sans précédent afin d’accueillir des milliers de travailleurs dans les usines qui se construisaient les unes après les autres.

Un siècle et demi plus tard, les réalités économiques sur l’ensemble de la planète ont bien évolué. Avec la mondialisation, le déplacement de la main d’œuvre et la désuétude de certaines industries, plusieurs quartiers industriels nord-américains et européens ne fourmillent plus et sont parfois devenus carrément fantômes. Un dilemme urbain s’impose donc : doit-on les raser pour faire place à de nouvelles constructions ou doit-on conserver ce patrimoine architectural en revitalisant le secteur?

Montréal ne fait pas exception à la règle

Dès 1850, Montréal se présentait comme le berceau de la révolution industrielle au Canada avec une population de près de 100 000 habitants. Le Centre-Sud en était le cœur industriel, spécialement grâce à sa proximité du port de Montréal qui était une plaque tournante pour le transport de marchandises en Amérique du Nord. D’autres quartiers se sont également largement popularisés, comme Griffintown, qui profita notamment du développement de l’industrie de la bière avec les brasseries « Dow » et « Williams ».

Mais après des décennies de succès économiques, l’activité industrielle du secteur ralentit rapidement vers 1964, alors que le développement de la banlieue est en pleine effervescence et qu’un réseau routier de plus en plus imposant fait son apparition sur l’ensemble de l’île de Montréal. L’émergence de l’autoroute Bonaventure, ceinturant Griffintown, est ainsi venu porter le coup de grâce au quartier. Résultat : la ville s’est retrouvée avec un secteur en pleine dégénérescence.

Cependant, en franchissant le cap des années 2000, une multitude de propositions de revitalisation voient le jour dans le Sud-Ouest, provenant surtout de promoteurs immobiliers qui ont imposé leur vision de redéveloppement à l’administration municipale. Cette vision passe surtout par la construction de nouvelles unités résidentielles et par l’embourgeoisement de Griffintown, ce qui a suscité de vives réactions chez certains organismes liés à la vie communautaire du quartier. Sans oublier que le plan d’urbanisme proposé par la Ville de Montréal a su attirer les foudres de plusieurs architectes et historiens montréalais qui souhaiteraient un quartier plus convivial, plus vert et en harmonie avec le patrimoine architectural du secteur constamment menacé de disparation.

La New City Gas

Un des exemples les plus marquants de sauvegarde du patrimoine à Griffintown est celui de la New City Gas, une ancienne usine à gaz datant du 19e siècle, récemment convertie  en un lieu de conférences et manifestations culturelles. À l’époque, l’usine carburait au charbon qui, une fois chauffé et distillé, permettait de produire un gaz utilisé pour l’éclairage public.

« Le complexe de la New City Gas Company of Montreal a été bâti en plusieurs phases par une diversité d’ingénieurs, d’entrepreneurs et d’architectes. […]C’est un des témoins majeurs de cette révolution et, du fait de la généalogie complexe des compagnies de gaz devenues compagnies d’électricité, le lieu ancestral d’Hydro Québec.1»

Mais malgré sa valeur historique dans le paysage montréalais, la New City Gas est constamment menacée par le pic des démolisseurs, notamment pour le projet de conversion de l’autoroute Bonaventure en boulevard urbain. Pourtant, en allant simplement se balader dans cette nouvelle mouture de l’ex-usine, une audacieuse fusion d’architecture industrielle accompagnée d’une brillante touche contemporaine, on saisit rapidement l’absurdité de détruire un tel édifice.

Notre passé doit nous hanter

N’oublions pas que l’architecture est un témoin privilégié de notre passé et que la sauvegarde de notre patrimoine bâti possède une valeur sociétale beaucoup plus considérable que les impôts fonciers générés par l’apparition de nouvelles tours à condos sans saveur. Notre culture architecturale doit évoluer, notamment dans l’esprit de nos politiciens et promoteurs immobiliers pour éviter d’autres pertes regrettables. Plusieurs villes comme Toronto, Vancouver ou encore Pékin ont récemment saisi des opportunités en or  de redévelopper ces ex-quartiers industriels en les convertissant en de nouveaux lieux touristiques très prisés. Pourquoi pas à Montréal?

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1 Références : www.heritagemontreal.org/fr/new-city-gas

église

Après 7 ans de cogitation, un projet de conversion de l’ancienne Église Sainte-Germaine-Cousin voit enfin le jour dans le secteur de Pointe-aux-Trembles à Montréal.

À terme, ce bâtiment religieux construit dans les années ’60 offrira 126 unités de logement social pour personnes âgées, en plus d’offrir un soutien communautaire à l’ensemble des résidant du quartier. Le centre de la petite enfance du secteur, La Flûte enchantée, agrandira d’ailleurs ses installations pour accueillir 60 nouveaux bambins.

AUDIO | Cliquez ici pour réécoutez l’entrevue réalisée à mon émission matinale Les Oranges pressées avec François Claveau, directeur général de Corporation Mainbourg.

VISUEL | Pour des rendus graphiques du projet, cliquez ici

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